Depuis mon jeune âge, je suis fascinée par l’espace. J’ai toujours su que je voulais effectuer un travail qui y était relié. Dans les années 90, l’espace était un sujet populaire, que ce soit dans les émissions de télévision ou les films. J’adore toutes les séries télévisées et tous les films portant sur l’espace, allant de Star Trek à Star Wars. Cependant, le film qui m’a réellement marqué a été Apollo 13. C’est en visionnant ce film que j’ai su que je voulais être astronaute. J’ai adoré que ce film traite d’une histoire vraie. On y voit les astronautes et les ingénieurs travailler ensemble pour résoudre des problèmes très complexes. J’ai été impressionnée par la façon dont l’équipe collaborait. Comme quoi travailler en équipe permet d’accomplir de grandes choses. On ne croirait pas qu’une petite immigrante de Joliette, au Québec, puisse rêver qu’elle finisse un jour par travailler dans l’aérospatiale. C’est comme rêver de devenir une célébrité. Nous avons tous ces rêves, mais peu parviennent à les réaliser et lorsque cela arrive, ça ne se fait pas du jour au lendemain. 

L’opinion des autres peut avoir une grande influence sur nos choix lorsque nous sommes jeunes. Quand tu es bonne à l’école comme je l’étais, beaucoup de gens te disent que « tu devrais devenir professeure, médecin ou avocate ». Ils ne te diront jamais de devenir ingénieure et de travailler dans le domaine des technologies de l’information (TI). Ce n’est qu’à l’âge de 16 ou 17 ans que j’ai décidé que l’ingénierie aérospatiale correspondait à ce que je voulais réellement faire. Comme il s’agit à peu près de l’âge auquel nous devons décider de ce que nous souhaitons poursuivre comme métier dans le cadre de nos études collégiales, des gens autour de moi m’orientaient dans mes choix de carrière à venir.

farah alibay smiling
farah alibay smiling

Je me souviens des paroles de cette femme alors que je lui ai dit que je voulais devenir ingénieure en aérospatiale : « Farah, je ne suis pas certaine que tu auras beaucoup de succès dans ce domaine. Il s’agit d’un secteur dominé par les hommes. Je ne sais pas si tu seras en mesure de t’y tailler une place. » Ce commentaire provenait d’une figure d’autorité, alors qu’encore une fois, on me disait que je n’y arriverais pas. Heureusement, j’avais plutôt un côté rebelle à cet âge-là, alors je me suis dit que j’allais prouver à cette femme que je pouvais y arriver. 

J’ai fréquenté l’Université de Cambridge en Angleterre, ce qui n’a pas été sans difficulté. À cette époque, les femmes ne représentaient que 20 % de la population étudiante. De plus, si on regarde la composition socio-économique de cette université, il s’agit d’une immense école composée de personnes issues de familles connues. Pour ma part, je venais du milieu de nulle part et j’avais connu une enfance plutôt difficile. J’ai eu du mal à m’adapter lors de mon arrivée à l’université, mais j’ai fini par y trouver ma place. 

J’ai obtenu mon doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT), ce qui s’est avéré une expérience extraordinaire. Pendant mon séjour au MIT, j’ai effectué trois stages à la NASA, dont deux au Jet Propulsion Laboratory, où je travaille actuellement. Dès mon premier stage au Jet Propulsion Laboratory, je suis tombée sous le charme. J’ai effectué plusieurs stages et ceux-ci étaient les deux derniers dans le cadre de mes études. J’ai effectué mon stage chez Jet Propulsion Laboratory au cours de l’été 2012. Il y a eu l’atterrissage de Curiosity sur Mars alors que nous avions procédé au lancement de l’astromobile l’année précédente et c’est à ce moment que j’ai eu une révélation. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je travaille pour ce centre de recherche.

Nous effectuons des missions sur Mars dans le but de comprendre la place des humains dans l’Univers, de comprendre d’où nous venons et où la vie a commencé, de comprendre pourquoi la Terre est comme elle est, ainsi que son évolution et celles des autres planètes. Perseverance, notre deuxième mission spatiale à atterrir sur Mars, représente la continuité de la mission Insight. Insight a permis d’étudier la structure interne de Mars afin de comprendre l’évolution de la planète et de démystifier certains phénomènes tels que l’absence de champ magnétique. L’objectif de la mission Perseverance était de trouver des traces de vie sur Mars. Il y a environ 3,5 milliards d’années, Mars ressemblait à la Terre. Il y avait une atmosphère, de l’eau liquide et un champ magnétique. Cependant, à cette époque, c’était le début de la vie sur Terre. Nous nous demandons alors : « S’il y avait de la vie ici, est-ce possible qu’il y ait également eu de la vie sur Mars à ce moment-là? » C’est donc la question à laquelle nous tentons de répondre grâce à cette mission.

Je pense constamment à la façon dont nous, les ingénieurs, bâtissons le monde dans lequel nous vivons tous. C’est nous. Le monde qui vous entoure a été conçu par des ingénieurs et il va sans dire qu’un plus grand nombre de femmes devrait avoir une place à cette table. Les femmes doivent être en mesure de contribuer à bâtir le monde qui nous entoure. Lorsque je parle à de jeunes femmes, j’aime bien leur raconter une partie de mon histoire pour les encourager. Il ne tient qu’à vous de découvrir ce qui vous passionne, ce qui vous fait rêver, et de faire de cette passion votre travail. C’est merveilleux de pouvoir travailler dans un domaine où les gens partagent nos intérêts et sont passionnés par ce qu’ils font tous les jours. Ce ne sera pas facile, ça ne l’est jamais. Toutefois, si vous suivez votre passion, vous pourriez faire ce dont vous avez toujours rêvé. J’ai toujours dit que pour chaque « oui » ou chaque réussite que j’ai connue, il y a eu dix échecs. L’échec fait partie de la vie et il vous donne l’occasion d’apprendre. C’est tout à fait normal. Il suffit de persévérer. 

Poursuivez vos rêves et consacrez-y tous vos efforts et toute votre énergie, parce que personne ne le fera pour vous. Croyez-moi, la réussite en vaut vraiment la peine. Je le sais parce que je le vis, et c’est extraordinaire.