Comme on l’a vu dans la première partie de la présente série sur l’embauche d’employés atteints d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) , les gens qui en sont atteints ont tendance à être moins doués que les autres en matière de compétences sociales. Ils ont donc plus de difficulté à réussir une entrevue d’embauche puisque ces entrevues reposent en grande partie sur la détection de signaux de nature sociale et le suivi d’un ensemble de règles tacites sur la façon d’agir.

Sachant que les entrevues d’embauche sont déjà angoissantes pour la moyenne des gens, il est facile d’imaginer qu’elles sont encore bien plus difficiles pour quelqu’un qui a du mal à lire les signaux sociaux. Bien qu’une préparation et de bonnes conditions d’entrevue puissent aider les gens atteints d’un TSA à bien performer en entrevue d’embauche, ça demeure pour eux une lutte permanente. Voici quelques-uns des défis qu’ils ont à relever en entrevue :

  • comprendre les signaux sociaux, le langage corporel, le contact visuel approprié;
  • pondérer l’information à livrer en réponse à une question posée;
  • choisir le bon ton de voix et le niveau de formalité adéquat;
  • être capable de se projeter dans des situations abstraites ou hypothétiques en réponse à une question du type « qu’est-ce qui se passerait si? ».

Du point de vue d’un employeur, il y a bien des façons d’adapter les entrevues d’embauche pour accueillir la neurodiversité, y compris des personnes atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme. En effectuant ces ajustements, vous rendez votre processus d’entrevue plus accessible à tous. Il n’y a pas lieu d’attendre d’être face à un candidat atteint d’un TSA pour mettre en œuvre de tels changements. En outre, l’entreprise qui adopte de telles mesures se montre attentionnée auprès de son personnel et en faveur de la diversité sous toutes ses formes.

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offrir la possibilité aux candidats de révéler leur trouble préalablement à l’entrevue

Il est parfois délicat pour un candidat d’évoquer son TSA à un employeur potentiel, sans peur du jugement. Ainsi, il est bon que l’employeur fasse part de son ouverture à effectuer des arrangements lors d’une entrevue d’embauche d’un candidat atteint d’un handicap. Une façon de s’y prendre consiste à poser la question lors de la prise de rendez-vous d’entrevue, à savoir si le candidat nécessite un soutien particulier en regard d’un quelconque handicap. Il faut cependant se rappeler que les candidats ne sont pas tenus de révéler leur condition s’ils ne se sentent pas à l’aise de le faire. La meilleure chose à faire est de s’assurer que le processus d’entrevue est accessible à toute personne qui franchit la porte, qu’elle ait ou non dit qu’elle avait un handicap.

fournir de l’information à l’avance à propos de l’entrevue

Les gens atteints d’un TSA réussissent lorsqu’ils sont informés. Ils aiment savoir ce qu’on attend d’eux, de sorte qu’ils peuvent se préparer. On conseille de leur fournir des indications, écrites ou sous forme de visuels, sur certains aspects de l’entrevue, telles : comment se rendre sur les lieux de travail, quoi faire en arrivant, quel est l’emploi du temps, quels sont les noms et les postes des gens qu’ils vont rencontrer, et même une liste des questions prévues. Tout cela peut aider les candidats neurodivers à se préparer et à se sentir plus à l’aise.

accueillir les candidats dans une aire d’attente tranquille avant l’entrevue

Juste le fait de faire attendre les candidats atteints d’un trouble du spectre de l’autisme dans un endroit calme peut les aider à être à l’aise. Ces personnes sont souvent sensibles au bruit environnant. Une salle d’attente animée peut les distraire ou les mettre mal à l’aise, ce qui les éloignerait de l’état d’esprit adéquat pour soutenir une entrevue. À défaut d’aire d’attente tranquille, une bonne solution consisterait à permettre aux candidats de s’installer dans la salle où aura lieu l’entrevue, avant l’arrivée de l’intervieweur.

éviter les questions d’entrevue ouvertes et hypothétiques

Les gens atteints d’un TSA ont du mal avec les situations abstraites, telles que suscitées par des questions du type « qu’est-ce qui se passerait si? ». Ils ont également de la difficulté avec les questions ouvertes qui obligent le candidat à décider de la quantité d’information à livrer. Or, ce type de questions est devenu assez courant en entrevue. Une façon simple de les éviter consiste à poser des questions sur une expérience antérieure, du type « racontez-moi comment s’est passée une telle situation… ». Cela permet au candidat d’encadrer sa réponse dans une réalité. Il faut simplement s’assurer d’être précis et pas trop ouvert.

faire savoir au candidat quand passer à autre chose s’il parle trop

Les gens atteints d’un TSA ont souvent du mal à évaluer la quantité d’information à fournir, à plus forte raison lors d’une entrevue. Ils peuvent s’emballer lorsqu’ils parlent d’un sujet qui les passionne. On peut les aider en leur faisant savoir quand s’arrêter s’ils rentrent trop dans les détails. Ça peut se faire en disant simplement : « merci, vous m’en avez dit suffisamment. Parlons maintenant de X ».

s’en tenir au sens littéral dans les questions

Les gens atteints d’un TSA ont tendance à être extrêmement axés sur les faits. Il faut donc éviter en entrevue d’employer des expressions ou des phrases ambigües. Par exemple, un candidat autistique peut répondre comment il est physiquement arrivé au travail à la question « comment avez-vous trouvé votre dernier emploi ». Il vaut mieux utiliser un langage simple et clair, sans pour autant être condescendant (en « parlant bébé » ou en exagérant la prononciation, par exemple). Les gens atteints d’un TSA sont généralement très intelligents et capables de répondre à une question directe. Simplement, leur cerveau traite le langage différemment.

offrir des occasions de se reposer, surtout lors de longues entrevues

Il convient de proposer un répit au candidat lors d’entrevues excédant 30 minutes. Pour certaines personnes atteintes d’un TSA, il peut s’avérer difficile de soutenir de longues périodes de concentration et d’interaction sociale. Il est bon de permettre au candidat d’aller aux toilettes, d’aller chercher une boisson, ou encore de lui dire dès le début de l’entrevue qu’il a la possibilité de demander un moment de repos quand il en ressent le besoin.

permettre aux candidats de consulter leurs notes

Le fait d’apporter des notes peut aider une personne atteinte d’un TSA à rassembler ses idées et à s’assurer de ne pas oublier de points importants dont elle voulait parler en entrevue. De nombreuses personnes atteintes d’un TSA sont visuelles et préfèrent des moyens de communication écrits ou visuels puisqu’elles peuvent avoir du mal avec la communication verbale.

offrir une période d’essai pour voir les voir à l’œuvre

Certains candidats atteints d’un TSA ont du mal à définir leurs compétences et à les faire valoir pour le poste qui est offert. Une solution consiste à proposer une période d’essai de travail au lieu de faire passer une longue entrevue. Cela présente le double avantage d’évaluer les compétences du candidat en action, et du côté du candidat, de prendre connaissance du milieu de travail et d’évaluer s’il correspond à ses besoins et préférences.

permettre au candidat d’être accompagné

Cette option est un peu controversée. Cependant, si un candidat révèle qu’il est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, on peut lui suggérer d’être accompagné d’une personne qui le soutient moralement. Généralement, cette personne s’en tient à lui fournir un soutien émotionnel et le guide doucement s’il doute. Elle ne devrait pas répondre aux questions à la place du candidat ni mener l’entrevue.

rendre un processus d’embauche et d’entrevue plus accessible exige une bonne dose de travail. Si vous souhaitez en apprendre plus sur les façons de canaliser votre recrutement pour le rendre plus accessible à des groupes variés ou marginalisés, surveillez les contenus sur la diversité et l’inclusion.