La Journée du chandail rose, une journée consacrée à la sensibilisation à la lutte contre l’intimidation, a lieu le dernier mercredi de février (soit le 24 février en 2021 si vous souhaitez y participer!). À l’occasion de cette importante journée, nous avons pris le temps de discuter ouvertement avec l’un des nôtres chez Randstad, Patricio Guiterrez, à propos de ses expériences d’intimidation vécues lorsqu’il était plus jeune et comment elles ont affecté son parcours personnel et sa vie au travail.

qu’est-ce que la journée du chandail rose?

La Journée du chandail rose a été soulignée pour la première fois en 2007 en Nouvelle-Écosse. Cet événement anti-harcèlement reconnu officiellement par les Nations Unies en 2012 est depuis souligné dans de nombreux pays. Deux élèves de 12e année, Tarvis Price et David Sheppard, étant intervenus dans une scène d’intimidation auprès d’un élève plus jeune qui portait un chandail rose, sont à l’origine de cet événement annuel. Ils ont eu l’idée de porter du rose à l’école, se disant que si tout le monde en portait, plus personne ne serait visé. Ils ont donc acheté et distribué 50 chandails roses, et encouragé tous leurs camarades à porter du rose. Sur les 1000 enfants de l’école, 850 ont répondu à l’appel en guise de solidarité. Ce fier geste de solidarité est devenu une tradition annuelle un peu partout dans le monde. Depuis, la Journée du chandail rose est célébrée chaque dernier mercredi du mois de février au Canada.

Afin d’attirer l’attention sur cette journée significative et partager des expériences d’intimidation réelles, nous avons pris le temps de nous asseoir avec Patricio Guiterrez et d’échanger (virtuellement) avec lui. Patricio est un membre actif du groupe de ressources pour les employés sur la diversité et l’inclusion, le comité RISE, en tant que membre du groupe d’affinités LGBTQ2+. Lorsqu’il ne réclame pas haut et fort l’égalité pour tous, il travaille comme gestionnaire des ressources pour la division Recrutement de Randstad. 

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un entretien avec patricio sur la lutte contre l’intimidation 

Randstad : En quoi l’intimidation a-t-elle changé ta vie?

Patricio : Je subis toujours le traumatisme que j’ai enduré lorsque j’étais victime d’intimidation. Je pensais à l’époque que je n’étais pas directement affecté, mais en vieillissant, certaines choses ressortent. Peut-être que si ces choses ne m’avaient pas été dites ou faites, j’aurais plus confiance en moi aujourd’hui. Peut-être que je ne me soucierais pas de ce que pensent et disent les gens. Il est important de poursuivre ces conversations. Je suis content qu’on en parle parce qu’on a tous été victimes d’intimidation. Certains plus que d’autres, à propos de ce qu’ils ont l’air ou qui ils aiment, et ça peut vraiment affecter quelqu’un. Ça prend vraiment un signal d’alarme.

Randstad : Absolument. Comment dirais-tu que tu as fait face à ça?

Patricio : On fait comme si de rien n’était pendant un temps, mais vient un moment ou trop, c’est trop. Je ne sais pas si je savais comment y faire face quand j’étais enfant. Je ne me sentais pas à l’aise de tendre la main à quelqu’un. Quand vous êtes enfant, vous sentez que la personne que vous venez de rencontrer est votre meilleur ami, puis trois jours après, il vous poignarde dans le dos. Ça crée des problèmes de confiance. Vous ne savez plus si vous pouvez avoir confiance en quelqu’un à propos de choses personnelles, comme dans mon cas, le fait d’être gai. À l’époque, je ne le savais pas. Je niais la douleur et la souffrance et j’essayais juste de m’en sortir. Plus tard, j’en ai parlé, mais même là, à personne proche, juste à des gens au hasard, anonymement, de sorte que les gens ne savaient pas qui j’étais.

Randstad : Es-tu arrivé à un point où, lorsque quelqu’un t’intimidait, tu étais capable de répliquer?

Patricio : Aujourd’hui, je suis parfaitement à l’aise de me défendre. Je ne l’étais vraiment pas quand j’étais plus jeune. J’étais trop concentré sur ce que les gens pensaient de moi et ma réputation. Pouah. J’aurais juste aimé ne pas être aussi concentré sur ça quand j’étais enfant. En vieillissant, parler aux gens est ce qui m’a le plus aidé. Même si je ne les connaissais pas vraiment, ça m’enlevait un poids des épaules.

Randstad : As-tu déjà eu à faire face à de l’intimidation au travail?

Patricio : Pas dans mon emploi actuel. Mais Randstad est le premier endroit où je suis entré, où j’ai pu être vraiment moi-même, un gai à part entière. Ce n’était pas quelque chose que je cachais, pas quelque chose de nouveau. Dans mon dernier emploi, je le montrais, mais je n’étais pas encore tout à fait à l’aise. Alors, arriver dans un nouvel environnement où tout le monde est aussi ouvert, peu importe d’où on vient, de qui on est amoureux et de ce qu’on fait, ça m’a assurément aidé en tant qu’homme. Ça m’a aidé à renforcer ma confiance en moi. Non seulement je sens que je suis bien dans ma carrière, mais les liens que j’y ai tissés sont importants pour moi personnellement. J’avais vraiment besoin de ça dans ma vie.

Randstad : À ton avis, qu’est-ce qui fait que Randstad soit un environnement aussi inclusif?

Patricio : Je suis de ceux qui croient fermement que les bonnes personnes attirent les bonnes personnes. Je crois foncièrement que tu reçois en retour l’énergie que tu déploies. Randstad a une si belle énergie. On y fait affaire avec des gens de différents horizons, des gens aisés, des gens qui luttent, de nouveaux arrivants, qui ne parlent pas la même langue. Le fait d’être entouré de gens aussi différents, culturellement et personnellement, aide Randstad à être ouverte à la diversité et inclusive, parce qu’on comprend! La majorité d’entre nous se mettent dans la peau de l’autre au quotidien.

Randstad : Que penses-tu que les entreprises devraient faire pour créer un environnement similaire?

Patricio : Adopter la diversité et l’inclusion place une organisation au-dessus des autres. C’est pourquoi Randstad – j’ai l’impression de vendre Randstad ici! – est une coche au-dessus du reste! Je traite avec des entreprises qui disent « je veux seulement des femmes », ou « je veux seulement des candidats blancs », ou « je veux seulement des hommes », ou quoi que ce soit. Mais moi, je dois leur dire « non, je suis désolé. Quiconque a les compétences et les qualifications peut faire le travail ». Les entreprises qui ont une mentalité d’exclusion n’entretiennent pas une bonne relation, n’affichent pas une bonne rétention de personnel, leur environnement est toxique. Il doit y avoir un équilibre. Pour réussir, toute organisation doit adopter la diversité et l’inclusion.

Randstad : La Journée du chandail rose est très centrée sur les écoles et la jeunesse. Qu’est-ce qu’on devrait faire à ton avis en milieu de travail? Penses-tu qu’on doit parler d’intimidation chez les adultes?

Patricio : Oui! C’est un sujet de discussion important. On doit être ouverts à des discussions difficiles. Ces échanges peuvent être durs, alors les organisations doivent faire savoir à leurs employés qu’ils peuvent avoir un soutien. Elles ont besoin de quelqu’un qui puisse jouer un rôle de médiateur, des ressources, et des gens à qui parler. Autrement, l’environnement peut devenir toxique. Maintenant que j’y pense, quand j’ai commencé, je n’ai pas été intimidé, mais j’ai vu d’autres gens l’être. Celui qui harcelait le faisait pour bien paraître, pour son propre bénéfice. Ce n’était pas correct et ça créait une ambiance inconfortable au bureau. Cette personne ne travaille plus ici.

Randstad : Je peux dire ça aussi. Toute personne qui entre dans cette organisation et se comporte en intimidateur ne travaille plus ici, peu importe combien d’argent elle rapportait.

Patricio : C’est comme ça que ça devrait être. Les gens négatifs ne s’entendront pas avec le groupe.

Randstad : Ce n’est même pas une question de s’entendre ou non. Notre environnement est rapide et stressant. Un comportement négatif affecte réellement la productivité. Il n’y a pas d’espace pour ça. C’est bien quand une organisation comprend ça.

Patricio : J’ai raconté mon histoire d’intimidation en classe de gym sur mon podcast. La personne qui m’avait intimidé m’a rejoint récemment et s’est excusée. Je crois qu’il a deux enfants maintenant, et il veut les élever dans le respect des autres, quelles que soient leurs différences. Ça a fait remonter beaucoup d’émotions; c’est fou, je ne m’attendais pas à ça. Il m’a dit que je pouvais le mettre en pièces si je le voulais, et à l’époque, je l’aurais probablement fait. Mais je me disais, non, à quoi ça sert, ça ferait de moi une personne misérable.

À cause de l’intimidation que j’ai vécue, c’est toujours un combat d’échafauder des plans et de les exécuter. Je deviens anxieux et me cherche des excuses. Je crois que c’est parce que, du fait de vivre ma vie de gai au placard, j’avais toujours peur de tomber sur quelqu’un qui connaissait mon secret et ça m’aurait embarrassé et humilié publiquement. Encore aujourd’hui, une part de moi se sent comme ça : j’ai peur d’avoir honte en public. L’intimidation te gâche. Ça commence tout petit quand on est enfant. C’est pourquoi c’est si important que des initiatives comme la Journée du chandail rose soient au premier plan, pour nous et nos enfants. C’est tellement important que ces discussions aient lieu, pour continuer à partager. Cela peut ne pas sembler percutant, mais on doit continuer d’en parler pour le bien-être de la santé mentale de chacun.

Randstad : Si tu y penses bien, le fait d’être audacieux et d’avoir accepté de partager ton histoire a un impact positif sur plusieurs générations!

Patricio : C’est vrai. Étant enfant, tout ce que tu veux, c’est vivre ta vie et avoir du plaisir. Et là, arrivent ces intimidations qui la gâchent. C’est pourquoi NOUS, en tant qu’adultes, devons y mettre un terme.
 

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