Après avoir vu mes parents endurer des emplois ou des patrons qu’ils n’aimaient pas pour arriver à payer notre voiture, notre maison, mon éducation, mes vêtements et ainsi de suite, je me suis promis que je ne gérerais pas ma carrière de cette façon. Je voulais me lever avec enthousiasme le matin pour me rendre au boulot, et surtout ne pas me résoudre à acheter une pile de billets de loto dans l’espoir d’échapper à une vie professionnelle misérable. J’ai toujours admiré la résilience de mes parents, tout en espérant et en désirant avoir plus. J’étais motivée à réaliser mon plein potentiel.

Toutefois, ma confiance et ma détermination ont été ébranlées. Comme mes pairs, j’ai connu deux crises économiques – l’une baptisée à juste titre « lundi noir » en 1987, et l’autre causée par l’éclatement de la bulle technologique en 2000. Nous étions éduqués et ambitieux, mais nous avions du mal à trouver des emplois convenables et nous savions que nous risquions de tout perdre à n’importe quel moment. Voilà qui explique en quelque sorte pourquoi mes contemporains sont souvent qualifiés de pessimistes, négatifs, individualistes, rigides, rebelles, matérialistes et anxieux.  

idéalisme ou nonchalance?

Bien que j’aime le goût d’indépendance, d’épanouissement et d’accomplissement personnel de ma génération, je ne peux m’empêcher d’envier la vision idéaliste ainsi que l’attitude nonchalante et audacieuse des milléniaux.

Quand je regarde autour de moi et que je discute avec mes amis de la génération X, je constate qu’ils ont tous bien tiré leur épingle du jeu. En effet, ils occupent des emplois intéressants, ils portent des titres prestigieux et ils sont respectés dans leur domaine. Mais ouf, la route a été pavée d’obstacles, et ils ont dû faire leurs preuves plus souvent qu’à leur tour, car les perspectives d’emploi étaient limitées, et les employeurs avaient le gros bout du bâton. Je me suis butée aux mêmes embûches. Alors, chaque fois qu’arrivait un nouveau millénial au bureau, je le percevais d’emblée comme un jeune narcissique ou prétentieux, avec ses airs de « je-sais-tout » et « je devrais déjà être vice‑président ». Et s’il avait le malheur de me dire « Quoi, vous ne saviez pas qu’il existe une application pour ça ? », je grinçais des dents.

lever le voile sur les tendances des milléniaux

J’ai tout de même appris à travailler avec eux. J’ai appris à apprécier leur créativité, leur attitude fonceuse, leur débrouillardise, leur optimisme et leur bonne volonté à consacrer le temps nécessaire pour accomplir le travail, et ces qualités m’ont inspirée. À ma grande surprise, nous avons beaucoup plus en commun que je le croyais. Leur optimisme a touché une corde sensible au plus profond de moi-même, cette partie de moi qui souhaitait poursuivre des rêves ambitieux, viser les plus hauts sommets, être stimulée par de grandes idées et avoir du plaisir. Même si la génération X est aussi appelée « génération des emplois McDo » ou « génération sans futur », avec Kurt Cobain comme figure emblématique, j’ai toujours eu l’impression qu’il y avait quelque chose de coloré et d’éclatant en dessous de ce vernis sombre, grunge et cynique. Nos deux générations ont vénéré les séries télé Seinfeld et Friends pour leur saine dose d’autodérision, nous avons tous dansé sur des succès pop ridicules de groupes depuis longtemps disparus (pensez Backstreet Boys, Ace of Base, Spice Girls et tutti quanti) et nous nous réjouissions tous à la perspective d’être connectés avec le monde entier grâce au pouvoir d’Internet.  

avis à tous les rêveurs

Après ce moment de révélation, j’ai cherché des moyens de mieux collaborer avec les milléniaux. Je possède une riche expérience, car j’ai passé la majeure partie de ma vie professionnelle à maîtriser l’art de la politique de bureau, au fil des nombreuses restructurations, compressions et parties de chaise musicale à la direction. De plus, comme j’ai été contrainte de respecter des budgets serrés, je suis devenue la reine du « faire plus avec moins ». Alors pourquoi ne pas mettre mon expérience à profit en tissant avec les milléniaux une relation gagnante pour tous ? Je pourrais ainsi servir de mentor ou de facilitatrice en mesure de reconnaître et d’encourager le sens de l’innovation des employés milléniaux, tout en ajoutant un soupçon de réalisme et de structure à leur planification. Les milléniaux réclament de la rétroaction immédiate et constante, et ils ont effectivement besoin d’un style de leadership motivationnel pour s’épanouir. 

Mais la fête ne fait que commencer. Bientôt, je devrai trouver de nouvelles stratégies pour les successeurs des milléniaux, la génération Z. Nés entre 1994 et 2010, ces jeunes feront bientôt leur entrée sur le marché du travail et, bien qu’ils possèdent de nombreux points en commun avec la génération Y, ils sont plutôt différents. J’en sais quelque chose, car je suis de retour à l’université pour terminer mes études en contenu numérique et j’en côtoie quelques-uns. Ils sont aussi forts en technologie, bien informés et ouverts d’esprit que les milléniaux, mais comme ils ont été élevés dans la foulée de la grande récession et du 11 septembre, ils sont plus prudents et pragmatiques que leurs prédécesseurs. Peut-être qu’ils incarnent le meilleur des deux mondes ? J’ai hâte de compter l’un d’eux parmi mon équipe! Plus on est de fous, plus on rit, non? 

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à propos de l'auteur de l'article
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marie-noëlle morency

directrice des communications

Marie-Noëlle est directrice des communications chez Randstad Canada. Elle est aussi directrice et conceptrice du programme Women Transforming the Workplace. Sa passion: penser et raconter des histoires qui informent, des histoires émouvantes, des histoires qui font réfléchir.