la technologie et ses conséquences sur le monde des RH

Le changement représente la seule constante dans notre vie personnelle et au travail, mais tout particulièrement lorsqu'il s'agit des technologies qui non seulement informent, mais qui orientent également ces domaines. La technologie perturbatrice – un terme inventé par Clayton Christensen, professeur et auteur de la Harvard Business School – signifie toute technologie qui modifie ou qui perturbe une technologie déjà existante ou qui donne naissance à une industrie totalement nouvelle. Nous ne pouvons entreprendre la lecture d'un journal, d'un magazine ou d'une revue, peu importe son format, sans qu'on nous renseigne sur le dernier gadget technologique. Il en a coulé de l'eau sous les ponts depuis l'invention du pain tranché.

la technologie et les RH

Les technologies perturbatrices ont fait leur apparition en même temps que les inventeurs. Je crois que les hommes des cavernes ont perdu la tête en voyant les premières technologies de l'humanité – le silex, le feu et un doigt trempé dans la cendre afin de pouvoir dessiner. Parmi les exemples les plus récents de technologies perturbatrices que nous connaissons, mentionnons le téléphone (soit la version à roulette), l'ampoule d'éclairage, la machine à écrire, l'ordinateur personnel, le courriel, le téléphone cellulaire, l'ordinateur portable et l'assistant numérique personnel, ainsi que ce phénomène que nous qualifions de médias sociaux. Peu importe les générations à venir, plusieurs jeunes ignorent de nos jours la façon de se parler en employant des phrases complètes et descriptives ou d'écrire et d'envoyer par la poste une lettre, puisqu'ils n'ont plus à le faire.

Il existe des technologies nouvelles, plus nouvelles et encore plus nouvelles qui font tout à leur place. Il s'agit là d'un exemple frappant de technologie perturbatrice qui provoque un changement de paradigme propulsant les plus récents d'entre nous dans un nouveau monde. Cependant, ne vous mettez pas trop à votre aise, puisqu'un monde encore plus nouveau fera bientôt son apparition dans un laboratoire d'informatique près de chez vous.

impacts au sein des entreprises

Chacune de ces innovations a transformé notre lieu de travail en une oreille collective. Le défi que doivent relever les organisations consiste à identifier les technologies qui viendront perturber le statu quo, et ce, souvent même avant qu'on ne les ait identifiées et essayées. Dans son ouvrage intitulé The innovator’s Dilemma, le professeur Christensen explique la façon dont ces entreprises insouciantes mordent la poussière aux mains de leurs concurrents, parce qu'elles sont incapables de surveiller, d'évaluer et de mesurer une technologie nouvelle et possiblement perturbatrice et de prendre ensuite les mesures qui s'imposent face à celle-ci. Il pourrait être prudent, pour ces organisations, de recourir aux services d'un voyant doté d'une maîtrise en administration, s'il en existe.

Peu de services RH ne dépendent pas des technologies lorsqu'ils doivent identifier, localiser, rejoindre ou communiquer avec d'éventuels candidats à quelque moment que ce soit au cours du processus d'embauche. Elles leur permettent également de performer, de quantifier et de suivre les paramètres de rendement, d'établir leurs objectifs, de recueillir des commentaires et de tenir des sondages sur l'engagement des employés. Cette dépendance en fait une cible de choix pour la perturbation lorsqu'apparaissent de nouvelles technologies pour remplacer celles qui sont déjà en place.

Cet impact perturbateur sur les RH est considérable. Une des tendances technologiques les plus récentes en matière de RH – soit la technologie perturbatrice au travail – concerne les outils d'analyse prévisionnelle. Comme l'a souligné Josh Bersin dans un rapport qu'il a rédigé pour Bersin by Deloitte, ces outils procurent aux services des RH des analyses et un transfert de connaissances presque en temps réel, en plus d'augmenter la vitesse, la précision lors de la réalisation et, ce qui constitue un aspect de plus en plus important, ils leur permettent de fonctionner de manière stratégique dans le cadre de leurs initiatives d'embauche actuelles, ainsi que dans les salles du conseil où l'on définit les stratégies, ainsi que les buts et les objectifs à long terme de l'entreprise. Elle est révolue, l'époque où les spécialistes des RH affichaient des annonces dans les journaux, analysaient des centaines de curriculum vitae sur papier, appelaient les candidats éventuels pour les convoquer à des entrevues… Vous voyez où je veux en venir. La vitesse et l'efficacité du processus de recrutement se traduisent presque directement par une augmentation de la rentabilité.

application concrète

Le besoin d'analyses efficaces et opportunes occupe une place plus importante depuis que les organisations sont inondées de données massives. Les équipes de RH font maintenant appel à l'analytique, entre autres choses, pour :

  • démêler les renseignements en ligne et fouiller les médias sociaux dans le but d'identifier les candidats éventuels qui pratiquent la recherche passive ou active d'un emploi
  • prédire leurs besoins éventuels en matière d'embauche afin que les organisations puissent se comporter davantage de manière proactive
  • être mieux en mesure d'embaucher, d'impliquer et de retenir les employés dans un emploi de longue durée

Alors qu'on peut dire avec certitude que les technologies perturbatrices ont représenté pour les services des RH un atout qui favorise l'efficacité de leurs activités, il est naïf de croire qu'ils ne sont pas confrontés à leurs propres défis. Les employés ont accès en tout temps aux médias sociaux et aux courriels, ce qui devient une distraction au travail en plus de nuire à la productivité. Comment retenez-vous l'attention et assurez-vous l'engagement d'effectifs qui sont autrement, et par d'autres moyens, engagés?

La technologie mobile signifie que le travail – et la gestion des talents – peuvent s'effectuer à partir de n'importe où. Il s'agit là généralement d'un aspect positif, en particulier pour les familles de travailleurs, sauf qu'il signifie que les employés extérieurs demandent un style de gestion différent et qu'on doit qualifier, quantifier et évaluer la production. En plus de la technologie, des efforts s'imposent, et il est important de se concentrer pour que des effectifs disparates restent branchés et concentrés sur un objectif logique.

Tout le monde, incluant les compétiteurs, a accès aux mêmes données massives, de sorte qu'il est essentiel de suivre le rythme. Les services de RH proactifs doivent assurer l'équilibre entre vouloir se démarquer et valoriser les technologies et les processus actuels qui leur ont permis de réussir. L'enjeu concerne l'accès aux meilleurs talents, ainsi que la gestion de ces talents et la possibilité de les impliquer vraiment et de manière rentable. Est-il possible, d'une part, de s'ouvrir au changement tout en tenant mordicus aux méthodes éprouvées? Il s'agit là d'un défi véritable pour les professionnels des RH dont la tâche consiste à entretenir la flamme.

un nom peu représentatif

Le problème que suscite la notion de technologie perturbatrice chez mes collègues dinosaures et moi-même en est un de sémantique. Après tout, nous utilisons et nous apprécions (secrètement) les technologies qui rehaussent et améliorent nos vies lorsque nous apprenons à composer avec leur apparition abrupte. Il nous faut peut-être réexaminer notre façon d'en parler. Chaque définition du terme 'perturbateur' s'accompagne d'une connotation négative. Des mots, tels confusion, désordre, séparation, bouleversement – dont aucun ne provoque chez moi le désir d'ouvrir grand mes bras et d'accueillir les nouveautés avec impatience.  Je ressens plutôt de l'angoisse et de l'appréhension.

Je dramatise peut-être un peu trop, mais il vaut la peine d'y accorder une certaine attention. La façon dont le professeur Christensen utilise ce terme est très à propos, mais celui-ci ne suffit pas, parce qu'on n'aborde pas tous les enjeux qui accompagnent les progrès technologiques. Je fais référence ici à ces éléments confus, émotionnels et contraires à la logique que nous qualifions d'humains, et ce, tant chez nous qu'au travail. Peu importe le nom qu'on leur donne, il s'agit de changement.

aimeriez-vous recevoir ce genre de conseils directement dans votre boîte de courriels ?

m'abonner à l'infolettre