le congé de maternité : entre l’angoisse et la béatitude

Pour la deuxième fois de ma carrière, je pars en congé de maternité. Nous avons la chance, ici au Québec, de pouvoir bénéficier d’un an complet à construire les liens précieux qui unissent un parent et son enfant, et à s’émerveiller devant les progrès de bébé - malgré les couches pleines, les nuits blanches et la tornade de purée de carottes sur le plancher. C’est une expérience magique et merveilleuse. Pourtant, la première fois, je m’inquiétais de tout : serais-je une bonne mère, comment se passerait mon retour au travail, est-ce que je serais perdue et dépassée, est-ce que je devrais prouver mes compétences à nouveau, est-ce que j’échouerais à l’impossible test de la conciliation travail-famille? L’âge et l’expérience aidant, le processus me semble beaucoup moins anxiogène cette fois-ci. J’ai appris à me faire davantage confiance en tant que professionnelle-maman, et à partager davantage l’espace parental… avec professionnel-papa.

le congé de maternité : entre l’angoisse et la béatitude

bonne mère vs bonne employée : sortir de l’impasse

Quoi qu’elles fassent, les femmes se retrouvent souvent aux prises avec des étiquettes qui leur collent à la peau et nuisent à leur épanouissement. Si je prends plus d’un an de congé de maternité, je risque de devenir, aux yeux de mes collègues et supérieurs, une-maman-et-rien-d’autre, avec tous les clichés qui viennent avec : celle qui part à 15h du bureau, qui passe une heure chaque matin à faire le tour du bureau pour montrer des photos de ses enfants regardez-comme-ils-sont-cutes,  moins intéressée par ma progression de carrière, et conséquemment… mise de côté lorsqu’il s’agit d’accorder des promotions ou de donner des mandats importants.  Selon une étude d'Ipsos Mori partagée avec le Guardian, près de trois femmes sur dix (29%) pensent que prendre un congé de maternité a un impact négatif sur leur carrière.

De l’autre côté, si je décide de prendre un congé de maternité moins long, je deviens d’emblée une mauvaise mère, une carriériste qui ne pense qu’à déposer son enfant à la garderie le plus tôt possible pour répondre à ses égoïstes ambitions professionnelles. Ouf. Prendre une année complète pour s’occuper de son enfant n’est pas synonyme de désintérêt pour son travail. De la même manière, envisager un retour plus hâtif au travail ne signifie pas que j’ai l’intention de travailler 80 heures semaine et de faire imprimer ma photo sur le chandail rose pref’ de ma fillette de 3 ans pour ne pas qu’elle oublie de quoi j’ai l’air. On peut à la fois prendre au sérieux son rôle de mère et sa carrière. Pour ma part, j’ai décidé de prendre un congé de maternité de 9 mois cette fois-ci, parce que je me sens à l’aise avec ce laps de temps, mais aussi pour laisser les dernières semaines… à mon conjoint, heureux de passer des moments précieux avec son enfant. 

le congé de paternité, encore un tabou? 

Au Québec, un nombre croissant de papas prolongent leur congé parental, prenant le relais des mères qui retournent ainsi au travail plus tôt. 80% des papas profitent du congé qui leur est réservé, et le tiers prennent également des semaines du congé parental partageables avec la mère.La première fois, mon conjoint avait pris 5 semaines avec moi au début, c’est tout. Cette-fois-ci, nous prenons avantage des semaines partageables, pour qu’il puisse passer un gros deux mois seul avec la petite. Mon conjoint s’est senti soutenu dans sa démarche par son employeur, ce qui rend la décision beaucoup plus facile à prendre. 

Bref, les papas semblent prêts, mais qu’en est-il des organisations? Selon la chercheure et sociologue Valérie Harvey qui en a fait sa thèse de doctorat à l’université Laval, il semble que plusieurs employeurs considèrent ce congé parental comme des vacances prolongées, s’attendant à ce qu’au retour, les papas fassent davantage d’heures supplémentaires pour ‘’rattraper le temps perdu’’. Le congé de paternité représente pourtant un pas important vers l’équité - les papas ayant vécu l’expérience comprennent davantage les soins constants que requièrent un bébé et demeurent plus impliqués par la suite, et la femme ne porte plus seule la responsabilité de prendre en charge toute la gestion du noyau familial - ni de gérer les effets de son absence du travail sur sa carrière. 

garder contact pendant le congé.... ou pas? 

Encore une fois, tout est une question de choix. Certaines mamans en congé de maternité souhaiteront garder un contact régulier avec leur employeur et leurs collègues, participant même à certains événements professionnels. D’autres préfèreront se consacrer exclusivement à l’enfant et ne pas multiplier les contacts avec le boulot - mis à part quelques clichés Instagram ici et là! Mais, au-delà de ce qui se passe pendant le congé de maternité, je crois qu’il est encore plus important de se préoccuper de l’avant et de l’après. Prendre le temps de participer à la sélection de son remplaçant et de le former adéquatement, préparer des documents de transition clairs et faire le tour des projets en cours avec son supérieur immédiat et ses collègues sont autant de façons de montrer son engagement envers son travail et l’organisation - et de faire diminuer l’angoisse du départ. 

J’ai déjà eu plusieurs conversations avec mon superviseur sur les idées que j’aimerais voir développer pendant mon absence et les avenues que j’aimerais explorer à mon retour. Même si tout a le temps de changer dans l’intervalle, cela me permet de montrer que j’ai à coeur l’évolution de mon service, de mon équipe et de ma propre progression professionnelle. Je pars l’esprit en paix, et peu importe ce qui se passe, je sens que j’ai fait les choses en respectant à la fois mon besoin de passer du temps de qualité avec mes filles, et mon envie de continuer à avancer sur le plan professionnel. 

À toutes les mamans qui partent en congé de maternité pour la première, la deuxième (troisième, quatrième?) fois, je vous souhaite de faire les choix qui vous conviennent, en accord avec vos besoins et vos valeurs. Rendez-vous sur Instagram (ou pas!) 

marie-noëlle morency

Marie-Noëlle est directrice des communications chez Randstad Canada. Elle est également l'idéatrice du programme Les femmes qui transforment le monde du travail de Randstad Canada. Sa passion : créer et raconter des histoires qui informent, des histoires qui inspirent, des histoires qui font réfléchir.