écart salarial entre les sexes : évolue-t-on vraiment sur un pied d'égalité au travail ?

En 2015, on louangeait à la une des grands journaux de partout sur la planète le cabinet du Premier ministre Justin Trudeau qui présentait un nombre identique d'hommes et de femmes. Lorsqu'on lui demanda la raison pour laquelle il avait pris une telle décision, il répondit tout simplement : « parce que nous sommes en 2015 ».

Malheureusement, le sentiment de notre Premier ministre ne s'est pas répercuté dans le reste du Canada. Comme on l'a exprimé haut et fort à l'occasion du Forum économique mondial, le Canada est encore loin d'atteindre l'égalité entre les sexes en milieu de travail. En fait, c'est le contraire. Il semble que nous reculions. D'ici la fin de 2016, le Canada aura reculé de cinq places pour se situer au 35e rang d'après le Rapport de 2016 du Forum économique mondial sur l'inégalité hommes-femmes.

égalité des sexes au travail

où en sommes-nous en matière d'égalité entre les sexes?

D'après Statistiques Canada, les femmes gagnent à l'heure actuelle près de 72 % du salaire des hommes et cette proportion est encore plus faible chez les femmes autochtones et les femmes de couleur, même si elles travaillent aussi dur (ou peut-être même plus) et autant d'heures, ou même plus si vous comptez les heures non rémunérées qu'elles consacrent aux tâches personnelles. De façon globale, Statistiques Canada déclare que l'écart salarial entre les sexes au Canada excède plus du double de la moyenne mondiale.1 Peu importe les efforts que consacrent les femmes, le rapport nous porte à croire que si la tendance se poursuit, on devra attendre encore 118 ans avant de combler cet écart. Autrement dit, ce n'est qu'en 2135 que nous atteindrons la parité!

Cela suffit pour nous faire perdre tout espoir que nous atteindrons un jour la parité salariale. Un aspect encore plus décourageant, le domaine est inéquitable dès les tout débuts. Dès les premiers emplois suivant l'obtention du diplôme, les femmes se retrouvent souvent avec un salaire moindre que leurs collègues masculins pour un travail identique ou équivalent. Dès les premiers postes, elles se retrouvent loin derrière et parviennent rarement à combler l'écart, parce qu'on leur offre des possibilités limitées de croissance et de perfectionnement. La preuve… voyez le nombre - ou l'absence - de femmes qui se portent candidates afin de siéger sur le conseil d'administration des entreprises.

Les communautés et les pays en profitent lorsque les femmes gagnent plus, et ce, non seulement parce qu'elles paient davantage d'impôts. Dans un rapport publié par Oxfam Canada et par le Centre canadien de politiques alternatives, on précise que les femmes sont plus susceptibles de s'occuper des enfants, d'élever les enfants ou de payer les  coûts de garderie que leurs homologues masculins. « Au Québec, où l'on a mis en place un système de garderies subventionnées à la journée en 1997, le taux d'emploi chez les femmes québécoises a doublé et leurs taux de pauvreté [ont connu une baisse drastique]. »2 En conservant une plus grande part de leurs revenus, les femmes sur le marché du travail contribuent davantage à la croissance économique et au PIB.

pour quelle raison les femmes gagnent-elles moins?

Certains attribuent l'écart salarial à un mode de pensée rétrograde. Plusieurs employeurs - incluant même certaines femmes - croient qu'il est normal que les femmes gagnent moins que les hommes et reconnaissent dans ce fait une réalité du monde du travail. Pour bien des femmes, le congé de maternité représente le plus grand détour dans leur cheminement professionnel. Il arrive souvent que les carrières des femmes ne s'en remettent jamais.

La procréation survient habituellement au cours des années où les cheminements de carrière sont bien établis et en progression. Qu'elles le fassent consciemment ou non, les femmes se sentent forcées de choisir entre la famille et la carrière. Le stress que ressentent ces femmes qui se débattent pour « tout avoir » pourrait faire l'objet d'un autre article. Et malgré qu'on parvienne rapidement à combler l'écart du point de vue de l'éducation alors que de plus en plus de femmes obtiennent un diplôme d'études postsecondaires ou d'université, certains métiers sont toujours dominés par les hommes, tandis que les femmes se retrouvent dans des emplois moins payants et moins valorisants.

est-il possible de combler cet écart?

D'après Sarah Kaplan, professeure en gestion stratégique à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto, les organisations devraient commencer en procédant à une analyse des salaires. Après avoir identifié les inégalités, les entreprises devront mettre la main dans leurs poches, même si elles le font graduellement. On parviendra ainsi à séparer les organisations qui croient vraiment à l'équité salariale de celles qui se contentent de promesses. De même, la transparence salariale où tous connaissent le salaire de leurs collègues contribuera grandement à créer un environnement où tous ont le droit et se sentent plus à l'aise de demander un salaire égal pour un travail égal.3

Qu'en est-il de ceux qui persistent à croire que l'écart salarial entre les sexes est un mythe? Ils sont les pontes qui croient à une mauvaise interprétation des statistiques afin de justifier un programme politique qui permettrait au gouvernement d'intervenir davantage dans les relations entre employeurs et employés en adoptant de nouvelles lois.4 On a ensuite ceux qui prétendent que les femmes sont les architectes de leur propre combat. Ils attribuent l'écart aux choix des femmes sur le plan professionnel, à leurs heures de travail et aux congés qu'elles se permettent. Ils prétendent que les hommes gagnent plus, parce qu’il travaillent plus - non pas plus fort. Ils s'empressent de préciser qu'ils parlent simplement d'un nombre d'heures plus élevé.5

Il pourrait être intéressant de partager ces points de vue avec vos collègues féminines, mais attention : tenez-vous à une distance où vous ne courrez aucun danger.

vous aimeriez soutenir davantage la cause de la place des femmes en milieu de travail ?

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