Les travailleurs canadiens racisés, en particulier ceux qui s’identifient comme Noirs, font face à une multitude de défis et à de la discrimination de la part de leurs collègues blancs sans que ces derniers s’en rendent vraiment compte. Qu’il s’agisse d’accès aux opportunités, de s’inquiéter à savoir si son CV semble suffisamment « blanc », de leur capacité à être vraiment eux-mêmes au travail sans répercussions, d’être la seule personne à représenter leur communauté au travail, les travailleurs noirs font quotidiennement face à des douzaines de petits et grands obstacles qui ont une incidence sur leur carrière et sur leur simple capacité à gagner leur vie.

Même si un grand nombre de Canadiens aiment penser que le racisme systémique est de l’histoire ancienne, nous avons de petites nouvelles pour vous : le racisme occasionnel est bien présent au Canada. Nos voisins du Sud ont mauvaise réputation à cause de leur long historique d’esclavage et les Canadiens férus d’histoire aiment rappeler que le Canada était la destination finale du chemin de fer clandestin et un symbole de liberté et d’espoir pour les esclaves. Cela nous a portés à voir le Canada comme une société fondée sur la diversité et l’antiracisme. Il y a sans contredit bien de bonnes choses à dire sur le Canada à propos de notre normalisation et de notre acceptation de l’immigration et du multiculturalisme (p. ex., Toronto est reconnue pour être la ville la plus multiculturelle au monde avec une population composée à plus de 50 % de personnes racisées). Nous sommes toutefois bien loin d’être une société postraciale. Les biais systémiques et les idées préconçues sur ce que signifie être une personne de couleur abondent au Canada. L’histoire des travailleurs noirs au Canada vous intéresse? Consultez notre article sur l’histoire des travailleurs noirs au Canada.

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, nous explorons des défis auxquels les travailleurs noirs doivent faire face et comment nous pouvons tous participer à améliorer l’expérience de travail des Canadiens noirs. Dans cet esprit, nous vous présentons les huit défis courants que les employés noirs doivent relever au travail.

everyday challenges black employees encounter at work
everyday challenges black employees encounter at work

1. l’alternance codique (le code switching) des travailleurs noirs doit être prise au sérieux

On parle d’alternance codique lorsqu’une personne change son comportement, sa manière de parler ou de s’exprimer ou son apparence selon la situation ou son interlocuteur dans le but de faire partie d’un groupe ou de rendre les autres plus à l’aise. Pour de nombreux membres de la communauté noire, cela se traduit par « agir en Noir » ou être soi-même avec ses amis, sa famille et ses proches, mais « agir en Blanc » au travail ou pour avoir accès à des services afin de limiter la discrimination. L’alternance codique est présente surtout dans les milieux de travail, en particulier ceux où il y a peu de diversité. Les personnes racisées sentent souvent une très grande pression à agir « comme tout le monde » au travail pour être traitées de manière juste et être jugées selon les mêmes critères que leurs collègues.

2. les travailleurs noirs se préparent mentalement à subir de la discrimination

La grande majorité (soit 77 %) des Canadiens racisés admettent s’attendre à faire face à de la discrimination au travail. Les personnes ostracisées en raison de la couleur de leur peau, leur accent, leur culture ou d’autres facteurs savent bien comment leurs différences sont traitées de manière systémique. Même si de nombreux Canadiens pensent vivre dans une société postraciale qui ne se compara pas à la société américaine marquée par l’esclavage, le Canada a, lui aussi, une longue histoire de racisme pur et simple ou de racisme occasionnel qui se poursuit encore de nos jours. Ainsi 54 % des Canadiens noirs se disent la cible de discrimination continue; parmi eux, 40 % affirment que cette discrimination se produit au travail, le 2e endroit où il y a le plus de discrimination. La première place étant occupée par la discrimination dans la population générale. La discrimination au travail peut être plus insidieuse puisqu’elle est souvent plus subtile (p.ex., mépris, promotions non offertes, paie inférieure, blagues ou commentaires dépourvus de tact).

3. les travailleurs noirs font face à de l’exclusion systémique en matière d’éducation et d’opportunités

L’accès à l’éducation varie fortement en fonction de divers facteurs, dont la race. Les Canadiens noirs sont plus instruits que jamais, mais leurs niveaux de scolarité demeurent inférieurs à ceux des Canadiens blancs. Selon Statistiques Canada, 60,9 % des Canadiennes noires ont un diplôme d’études postsecondaires. Par comparaison, cette proportion est de 66,5 % pour les Canadiennes blanches. Les différences se font également sentir entre les opportunités de formation. Par exemple, malgré leur histoire impressionnante et le grand nombre de diplômés réputés, les collèges et universités accueillant traditionnellement des étudiants noirs (HBCU) sont souvent considérés comme moins prestigieux que les établissements principalement fréquentés par des Blancs. De nombreux établissements d’enseignement sont contingentés pour les communautés racisées, la barre est donc plus haute pour ceux et celles qui réussissent. Le manque d’accès à l’éducation supérieure limite les possibilités de carrière et perpétue ce cercle vicieux.

4. les travailleurs noirs subissent des microagressions et des biais fondés sur l’identité

Selon une étude publiée dans Harvard Business Review, les candidats qui ont rendu leur nom et leur CV plus « blancs » ont de bien meilleures chances de recevoir un appel après avoir soumis leur candidature pour un poste. Selon cette étude, 10 % des candidats noirs ont reçu un appel à la suite de leur candidature « non modifiée ». Cette proportion est de 25 % de ces mêmes candidats qui ont rendu leur CV plus « blanc » en changeant leur nom et en supprimant des références aux organisations noires auxquelles ils étaient associés. Fait troublant : l’étude a également dévoilé que les employeurs qui affirment être des « employeurs souscrivant au principe d’équité en matière d’emploi » ou qui encouragent des candidats issus des minorités à postuler n’étaient pas moins biaisés que les autres employeurs. On peut constater à quel point les biais systémiques présents parmi les gestionnaires embaucheurs ne peuvent être éliminés par un simple mandat visant la diversité.

5. l’autorité des travailleurs noirs est plus souvent contestée que celle de leurs collègues blancs

Les Noirs ont moins de chances que leurs opinions et idées soient acceptées d’entrée de jeu que celles de leurs collègues blancs. Le racisme systémique renforce le biais implicite que les Noirs sont moins fiables et moins compétents. Il est donc plus difficile pour eux d’établir leur crédibilité et d’avoir l’autorité nécessaire pour que leurs opinions soient bien considérées. En milieu de travail, être Noir est souvent vu comme un désavantage à surmonter plutôt que comme une valeur ajoutée offrant une perspective unique. Les dirigeants sont plus enclins à accepter les idées des gens qui leur ressemblent (c’est ce qu’on appelle un « biais de similitude »). Puisque les dirigeants actuels sont très majoritairement des hommes blancs (qui occupent 72 % des postes de haute direction), la vision des hommes blancs dans le monde des affaires se perpétue.

6. les politiques d’inclusion au travail ne sont pas faites pour répondre aux besoins des travailleurs noirs/ne répondent pas aux besoins des travailleurs noirs

Les travailleurs noirs sont traditionnellement moins susceptibles de s’impliquer dans leur milieu de travail et sentent qu’ils doivent changer de personnalité pour s’intégrer (voir le point sur l’alternance codique ci-dessus). La charge émotionnelle associée au maintien de cette façade est souvent lourde et réduit la satisfaction au travail. Même si tous les groupes racisés ont admis gommer une partie de leur identité pour s’intégrer au travail, selon une étude de Catalyst, cette pratique est surtout présente chez les femmes noires. En effet, 46 % des femmes noires s’attendent à subir de la discrimination contre 36 % des hommes noirs et 40 % de toutes les femmes racisées. Les femmes noires sont également plus susceptibles de penser à quitter leur emploi pour cette raison, 69 % ont avoué avoir songé à démissionner. Cette disparité est souvent due au manque de considération envers les besoins uniques des employés noirs. Même si de plus en plus de gestionnaires embaucheurs cherchent à diversifier leur effectif, l’inclusion fait souvent défaut. La diversité permet aux Noirs et autres personnes racisées de mettre un pied dans la boîte, mais c’est l’inclusion qui leur donne confiance pour partager leurs idées et être eux-mêmes.

7. on attend souvent des travailleurs noirs qu’ils parlent au nom de l’ensemble de leur communauté

Il n’est pas rare que les hommes ou femmes noirs soient la seule personne noire dans la pièce (parfois même la seule personne de couleur), en particulier au fur et à mesure qu’ils gravissent les échelons hiérarchiques. On s’attend donc souvent à ce que cette personne parle au nom de tous les Noirs et de toutes les personnes racisées, ce qui leur impose de se faire porte-parole d’un groupe très diversifié ayant des opinions, histoires et idées tout aussi diversifiées. Cette pression est encore plus forte chez les femmes noires qui, statistiquement, sont plus souvent « la seule » dans un groupe; elles subissent la double pression d’être la seule Noire et la seule femme. Cette unicité augmente la conscience de soi et donne l’impression d’être « en vitrine ». Si une personne est plus visible, ses actions et ses erreurs le sont souvent aussi.

8. les attentes envers les travailleurs noirs sont souvent irréalistes

Au cours des dernières décennies, les politiques d’embauche diversifiée sont devenues plus courantes. Les entreprises veulent se vanter d’avoir un personnel diversifié. Bien que le fait de donner priorité à un candidat issu de la diversité soit une bonne manière d’égaliser les chances après des siècles d’exclusion et de racisme systémique, la réalité d’une personne embauchée « pour la diversité » n’est pas aussi simple. Ces candidats sont souvent dénigrés par leurs collègues qui leur reprochent d’avoir sauté des étapes ou d’avoir un avantage injuste. On présume que ces candidats n’ont pas les compétences requises pour occuper les postes pour lesquels ils ont été engagés. Même si c’est totalement faux, le biais persiste. Pour faire mentir ces médisances, les employés noirs doivent exceller et en faire bien plus que ce qu’on exigerait d’un Blanc pour prouver qu’ils ont mérité leur nomination. De la même manière, le pas pour se qualifier pour un poste plus prestigieux est aussi bien plus grand.
 

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