Dans de nombreux pays, dont le Canada et les États-Unis, février est le Mois de l’histoire des Noirs. L’historien américain Carter G. Woodson a créé, en 1926, la Semaine de l’histoire des Nègres qui est devenue le Mois de l’histoire des Noirs qui nous invite à reconnaître, célébrer et honorer la vie des personnes noires qui ont transformé notre tissu social. Les récits, expériences et réalisations des Canadiens noirs s’étendent sur des siècles et incluent les histoires de personnes d’origines africaines, sud-américaines, caribéennes, européennes et américaines.

L’histoire des Noirs est complexe et bien souvent difficile. Le Canada comme nous le connaissons existe grâce à la participation et au travail, forcé ou payé, des Noirs. Du 17e siècle éreintant aux années 1980 qui nous ont ouvert les yeux, voici un petit segment de la longue histoire des premiers travailleurs au Canada.

8 obstacles courants pour les employés noirs
8 obstacles courants pour les employés noirs

débuts de l’histoire canadienne

Mathieu de Coste est le premier homme noir inscrit à arriver au Canada en 1608. Les explorateurs européens aimaient bien ses compétences linguistiques et il a été l’interprète de la langue Mi'kmaq pour le gouverneur d’Acadie. Malgré cela, les milliers de Noirs arrivés après lui ont été moins privilégiés. Comme ce fut le cas dans de nombreux pays de l’hémisphère occidental, les premiers travailleurs noirs étaient des esclaves. Les Canadiens sont souvent fiers de dire que leur pays a accueilli les Noirs qui voulaient échapper à l’esclavage aux États-Unis. Toutefois, même s’il est vrai que le chemin de fer clandestin a transporté de nombreux Noirs américains vers une terre d’asile, le Canada n’a pas qu’été un témoin dans la traite d’esclaves transatlantique.

De la fin du 16e siècle au début du 19e, un commerce triangulaire avait cours entre les deux côtés de l’Atlantique. Les marchands européens se rendaient en Afrique pour échanger des biens contre des esclaves, qui étaient ensuite transportés vers les Amériques dans des conditions inhumaines. Plusieurs ont péri. Les survivants ont été vendus à des propriétaires d’esclaves nord-américains pour produire des matières premières qui étaient ensuite transportées en Europe. Ainsi, les esclaves africains ont joué un rôle essentiel dans le développement économique de l’Amérique du Nord.

Parallèlement à l’esclavagisme, l’asservissement a touché des milliers de personnes noires. Ces travailleurs avaient signé des contrats les engageant à travailler sans salaire pendant un certain nombre d’années en échange de nourriture et d’un abri. Les travailleurs asservis étaient aussi exploités et avaient des conditions de travail aussi cruelles que celles des Noirs. Par contre, ils étaient libres à l’échéance de leur contrat. De nombreux esclaves noirs dans l’Amérique du Nord britannique (ce qui est maintenant le Canada) ont été forcés de devenir des travailleurs asservis même après être devenus libres. Il aura fallu attendre le début du 18e siècle pour que l’attitude envers l’esclavage et l’asservissement commence à changer. Au début des années 1800, certaines provinces canadiennes ont aboli l’esclavage, mais ce n’est qu’en 1834 que l’Empire britannique a rendu cette pratique illégale.

évolution industrielle au 20e siècle

Les travailleurs noirs ont joué un rôle essentiel pour l’économie canadienne tout au long du 20e siècle. Ils ont participé de diverses façons à l’effort de guerre. Malgré la discrimination et la ségrégation raciales qui persistaient au sein de l’armée, la première unité militaire noire a été créée. Des milliers de Noirs, déterminés à aller au front, se sont également joints aux unités régulières. Parmi ceux-ci, de nombreux se sont mérité des médailles de bravoure pendant la guerre. Tout au long de la Première Guerre mondiale, des associations de Noirs et des individus ont également travaillé à produire des biens essentiels au pays, se portant volontaires comme ouvriers dans des usines ou des hôpitaux ou encore pour aider à ramasser des fonds. Les femmes noires ont également voulu participer aux efforts de guerre et on leur a souvent confié les tâches les plus dangereuses : la manipulation d’explosifs dans les usines de munitions.

Étant données la durée et la difficulté de la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens noirs ont finalement été acceptés dans les unités régulières et les corps des officiers. Même si la ségrégation était encore bien présente, des Noirs ont servi à côté de Blancs tant au pays qu’à l’étranger. La Deuxième Guerre mondiale a augmenté le nombre de postes occupés par des Canadiens noirs. Leur service pendant cette période illustre comment ils étaient de plus en plus intégrés aux communautés canadiennes.

Au début du 20e siècle, l’arrivée des Noirs originaires des Caraïbes en Nouvelle-Écosse a augmenté le bassin de travailleurs au Canada. Même si un grand nombre d’entre eux étaient venus pour travailler dans les aciéries du Cap Breton, ils ont aussi été nombreux à être engagés pour travailler au chemin de fer ou dans les wagons-dortoirs. Le tout nouveau chemin de fer national transcontinental reliant les deux côtes du Canada représentait une réussite nationale et la croissance économique, mais il donnait également lieu à d’importantes inégalités raciales et à de la cruauté envers certains travailleurs. Pendant cette période, les Noirs étaient perçus comme de la main-d’œuvre bon marché et abondante. Ces porteurs effectuaient dans de mauvaises conditions des tâches souvent humiliantes. Ils n’étaient pas traités comme les porteurs blancs qui, eux, avaient droit à des promotions et pouvaient joindre un syndicat. La frustration grandissante au sein de la communauté noire a entraîné une lutte pour des changements législatifs. La Fraternité des porteurs de wagons-dortoirs (la première organisation syndicale noire de porteurs ferroviaires en Amérique du Nord) a été fondée aux États-Unis et des sections ont vu le jour dans les principales villes canadiennes. Par la suite, les conditions de travail se sont améliorées sur les chemins de fer canadiens et le Canadien Pacifique a accepté d’augmenter les salaires et le nombre de congés. Les puissantes actions des porteurs noirs, reflet de la lutte de tous les travailleurs noirs au Canada, ont déclenché un mouvement vers le changement.

mouvement des droits de la personne dans l’après-guerre

Les années 1940 ont été une période de changements législatifs partout au Canada qui s’est amorcée avec la Racial Discrimination Act de l’Ontario adoptée en 1944. Cette loi historique a été la première loi canadienne contre la discrimination; elle interdisait l’affichage ou la publication d’éléments de discrimination fondée sur la race ou la religion. Elle a été suivie par la Social Assistance Act de Colombie-Britannique en 1945, par le Bill of Rights de la Saskatchewan en 1947 et par la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. C’est aussi en 1948 que la Loi électorale du Canada a été adoptée. Elle interdisait que des Canadiens soient exclus d’une élection fédérale en raison de leur race. Leonard Braithwaite a été le premier Noir élu à l’assemblée législative provinciale en tant que député d’Etobicoke, en Ontario, pour le parti Libéral. Une décennie de travail acharné par les activistes pour les droits civils a amené les législateurs à adopter une loi fédérale interdisant la discrimination et faisant la promotion de l’égalité des chances. Ce n’est toutefois qu’en 1960 que le parlement a adopté la première Déclaration canadienne des droits; elle avait pour but de protéger la liberté de parole et de religion ainsi que l’égalité.

La lutte pour les droits de la personne et des travailleurs s’est poursuivie pendant toute la seconde moitié du 20e siècle. En 1975, Wilson Head a fondé l’Alliance urbaine sur les relations interraciales, un organisme qui lutte encore aujourd’hui contre la discrimination raciale ou ethnique. La Coalition of Black Trade Unionists a également été fondée durant cette période. Ensemble, ces organismes ont lutté pour la représentation des minorités raciales aux conseils d’administration du Congrès du travail du Canada et de la Fédération du travail de l’Ontario.

Un demi-siècle de changements politiques a créé une place importante pour les travailleurs noirs au Canada. Mais, les changements sociaux sont souvent plus difficiles. Même si la discrimination est interdite et que les Canadiens noirs ont légalement un accès égal aux emplois, il n’en reste pas moins que la réalité des travailleurs noirs au Canada est encore bien différente que celle des travailleurs blancs.
 

de nos jours, les travailleurs noirs font face à des défis bien différents comme le démontre notre article sur 8 défis courants que les Canadiens noirs doivent relever et auxquels vous n’avez peut-être pas pensé.